Vu du Sud : Ensemble pour vaincre la concurrence

Mars 2010
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La GSBI est une fédération des syndicats indépendants en Indonésie. Membre actif de la campagne Asia Floor Wage, à laquelle Oxfam-Magasins du monde participe.

– Pourquoi avoir lancé une telle campagne ?

– En Asie, ce sont des marques comme Nike, Adidas, Northwest et tant d’autres qui font la loi. Elles veulent que la production de leurs articles augmente, elle augmente. Elles exigent qu’ils soient moins chers, et nous l’acceptons. Et, quand leurs demandes ne sont pas satisfaites, les usines ferment et d’autres s’ouvrent dans d’autres contrées où le coût de la main-d’oeuvre est encore moins chère. En Inde, au Vietnam, en Thaïlande ou ailleurs, il y a toujours une région où des employeurs finissent par céder à leurs exigences. De ce cercle vicieux, ce sont les travailleurs qui en payent systématiquement le prix. Les salaires diminuent et les conditions de travail sont de pire en pire. En tant que syndicat, nous avons donc intérêt à nous unir avec d’autres pour contrer ce phénomène en revendiquant tous un salaire minimum vital.

Ce qui compte c’est le processus !

Plus facile à dire qu’à faire. La revendication de la campagne Asia Floor Wage est encore loin de faire l’unanimité entre les diverses forces syndicales asiatiques. Nous ne sommes que deux syndicats Indonésiens à y adhérer, alors qu’il y en a plus de 40 dans mon pays. En Inde, en Thaïlande, au Bangladesh, la situation est pareille. La plupart des syndicats pensent que nous plaçons la barre beaucoup trop haut, qu’un salaire minimum vital n’est qu’un doux rêve. Il faut donc les convaincre que le changement est une question de volonté. En jouant les cavaliers seuls, ils n’obtiendront jamais rien de significatif. Ensemble, nous pouvons au moins espérer nous faire entendre par ces grandes marques. Pour les en convaincre, je leur rappelle que les principaux combats syndicaux n’ont jamais été gagnés du jour au lendemain. L’histoire syndicale nous rappelle en effet que tout est une question de solidarité qui se construit pas à pas.

Nord et Sud, même combat, et pourtant…

Au Nord, les acquis syndicaux me font bien évidemment rêver : les conditions de travail décentes, les salaires négociés, les pécules de vacances, les soins de santé et même les allocations de chômage… Mais j’ai aussi l’impression qu’on y a perdu le sens du combat syndical. Prenons l’exemple de Tommy Hilfiger, basé aux Pays-Bas. Là, il n’y aucune fabrique. Il n’y a que des belles échoppes où sont distribués les vêtements de la marque. En réalité, tout est sous-traité depuis longtemps dans des pays comme l’Indonésie. Là, l’exploitation des travailleurs est plus facile car ils n’ont pas les mêmes acquis qu’au Nord. Or, quand j’ai sollicité le soutien des syndicalistes néerlandais pour qu’ils relayent nos revendications auprès de la direction, les portes sont restées hermétiquement closes. C’est comme si leur travail se limitait à garantir des bonnes conditions de travail dans la distribution des vêtements. Heureusement, avec la crise, nous prenons tous progressivement conscience que l’exploitation des travailleurs n’a pas de frontière. C’est une belle opportunité pour réagir et construire ensemble le monde de demain.

Propos recueillis par Corentin Dayez

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