Woningen 123 Logement, fabrique d’utopies

Déclics #5 - cover

Mars 2011
Publié dans le
Rubrique

Trois ans que cela dure ! Au coeur de bruxelles, 65 personnes squattent ensemble. des intellos activistes, des ‘plus trop camés’ ou presque, des artistes, des ex-SDF, des sans papiers, des familles, des hommes et des femmes unis dans un même projet : habiter autrement le monde.

Olivier Bailly

Les vélos cadenassés envahissent le hall d’entrée, une demi-table de ping-pong sert de table. Plus loin, quinze grandes poubelles bleues et jaunes sont alignées dans le couloir. Des affiches annoncent les activités passées et à venir. Les habitants se croisent, demandent s’ils seront de la partie au concert du soir. Bienvenue au 123 rue Royale, le squat qui met en pratique ses utopies. Ici, la mixité sociale n’est pas une vaine incantation à pratiquer par d’autres. Les habitants la vivent au quotidien.

Leur histoire ? En 2007, des activistes politisés quittent le Tagawa, un squat installé dans un hôtel prestigieux. Par l’intermédiaire de Bart qui travaille dans une association de sans-abris, les squatteurs rencontrent des SDF. Ces deux publics décident d’investir ensemble un logement vide. « Nous sommes chacun arrivés avec notre propre motivation explique Bart, et de cette base, nous avons construit une vision, des objectifs ».

Il est interdit d’interdire

Après une brève occupation d’un ancien couvent, le groupe investit un batiment en plein centre ville, rue Royale. Le propriétaire du bien, la Région Wallonne, passe rapidement une convention avec les occupants, leur octroyant le droit d’être présents dans les murs. « Cet accord a permis de stabiliser le groupe » souligne Bart. Jan Willem, toujours dans le squat, était déjà de la partie : « Il y eut une très forte implication du rêve collectif. ‘Il est interdit d’interdire’, ‘faire de nos différences une force’, c’étaient nos leitmotivs ».

Mais la cohabitation reste un défi et les débuts ne se passent pas sans heurts. Des personnes sont exclues. Des tensions naissent.

Le squat, qui entend fonctionner en autogestion, revoit certains modes de fonctionnement. Plutôt que de tout discuter en réunions d’habitants, lieu de décisions, des sous groupes thématiques (questions techniques, participation aux frais, etc.) déblaient la réflexion avant les réunions.

Vivant essentiellement de récup’ pour leurs besoins (mobilier, alimentation, etc.), le squat développe aussi une multitude de projets alternatifs. Des ateliers informatiques, de peinture, de réparation vélos, des conférences, des tables d’hôtes végétariennes. Des conférences, des formations, des concerts. Le tout gratuit ou à un prix «suggéré» pour que l’argent ne soit pas un obstacle.

Liste d’attente

Progressivement, des équilibres se trouvent et les énergies se renouvellent. De manière régulière, des personnes quittent le squat. D’autres entrent. Pour remplacer ces occupants, « nous sommes attentifs à retrouver des personnes prêtes à tirer le groupe vers de nouvelles initiatives, souligne Bart, mais nous voulons aussi garder la porte ouverte aux plus faibles. Certaines personnes pour des raisons psychologiques, de langue, de santé, de parcours, ne sont pas prêtes à s’investir directement ».

Les candidats au squat ne manquent pas. Une très longue liste d’attente est constituée par des citoyens prêts à payer entre 60 à 120 euros par mois, mais surtout prêts à donner une partie de leur énergie au projet, qui a rapidement été rejoint et soutenu par le tissu associatif bruxellois (RBDH, CityMinded, FéBUL,…).

L’initiative ne séduit d’ailleurs pas que les acteurs alternatifs. Depuis quelques mois, des propriétaires proposent à l’Asbl Woningen 123 Logement d’occuper leurs bâtiments vides, par exemple avant une lourde rénovation qui ne démarre que quelques mois plus tard.

« Le signal qu’on envoie à la société est important, soutient Bart. Quand le système économique s’effondrera, ce type de communautés sera la base des nouvelles sociétés. »

Partager!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *