Des coopératives pour démocratiser l’économie ?
Étude - Mars 2012

Les médias nous le rappellent chaque jour : la vie collective est en grande partie déterminée par des paramètres économiques. L’histoire récente de notre pays illustre bien cette réalité. En effet, ce ne sont pas les diverses manifestations de citoyens fatigués par la longue impasse politique que traversait leur pays qui ont accéléré la formation d’un gouvernement, mais la dégradation de la note de la Belgique par des agences de notation financière menaçant par ailleurs de sanctionner encore davantage le pays. Cet exemple parmi d’autres est révélateur des liaisons tumultueuses entre le politique et l’économie et entre l’économie et la finance. Il permet aussi de poser la question des modes de décision qui prévalent dans ces différentes sphères d’activité.

Dans l’Europe actuelle et dans de nombreuses autres régions du monde, un consensus semble exister autour de la démocratie représentative comme mode de participation des citoyens à la vie politique. Cette vision est celle d’une démocratie formelle, où le rôle principal des citoyens consiste à donner à des professionnels de la politique un mandat leur permettant de prendre des décisions au nom de l’ « intérêt général ». Cette version de la démocratie est loin d’être parfaite, mais elle a au moins le mérite de donner la possibilité à chaque citoyen de jouer un rôle d’arbitre de la vie politique, en tant qu’électeur, voire un rôle nettement plus actif, en se portant candidat à l’exercice de responsabilités publiques. Aujourd’hui, cette conception de la démocratie se limite strictement au champ politique. Il semble d’ailleurs qu’un autre consensus prévale autour de l’idée voulant que les activités économiques relèvent du domaine strictement privé. Selon cette conception dominante, la nature privée des activités économiques fait que celles-ci ne doivent pas être soumises à un mode de décision impliquant la collectivité.

Cette conception a beau être profondément ancrée dans la plupart des sociétés actuelles, elle ne va pas de soi. La participation démocratique doit-elle s’arrêter aux portes de la sphère économique ? Le citoyen doit-il laisser docilement la place à l’entrepreneur, à l’actionnaire et au consommateur ? La répartition du pouvoir décisionnel dans la sphère économique doit-elle nécessairement se faire sur base des volumes de capitaux détenus ? Nous ne le pensons pas. Nous pensons au contraire qu’une démocratie économique, permettant à chaque individu de faire entendre sa voix et de participer à la décision sur un pied d’égalité avec les autres, est possible et nécessaire. Vu la mesure dans laquelle les questions économiques déterminent la vie des individus et des collectivités, il n’est pas acceptable que ces questions ne soient pas soumises à la volonté populaire. Et si cette volonté populaire doit s’exprimer, cela ne peut être que de manière démocratique, c’est-à-dire en permettant à toutes et tous de participer à la décision sur un pied d’égalité.

Partager!