Pratiques d’apprentissage des bénévoles Oxfam-Magasins du monde. De la conscientisation à l’autonomie ?
Étude - Décembre 2016

En cohérence avec le travail effectué depuis quelques années dans le mouvement sur la dynamique des bénévoles, l’organisation a souhaité creuser un aspect de ce travail : l’apprentissage. Un chantier a été initié au sein de la commission éducation et un focus a été identifié sur les relais d’apprentissage, se basant sur le constat et l’intuition que l’apprentissage dans l’action et avec les pairs est le plus important, même s’il est peu conscient et peu mis en avant.

L’apprentissage est au cœur du bénévolat chez Oxfam-Magasin du monde, qu’il soit objectif en soi ou outil, moyen de mettre en œuvre les actions de chacun. Malheureusement, pour la plupart des membres, vu l’évolution du profil des bénévoles, du type d’engagement et de l’organisation, cet apprentissage n’est plus tout à fait conscient ni conscientisé. Devant la diversité des fonctions et des missions, il n’est pas aisé de définir et d’organiser un parcours d’apprentissage idéal et effectif pour chacun-e. L’importance de la place de l’équipe et des cellules DDB explique le focus qui est fait sur eux dans le chantier et ses étapes.

Apprentissage et changement social vont de pair dans notre organisation. L’apprentissage est une activité essentielle d’un processus d’éducation permanente tout autant qu’un moteur de changement social. Tout le travail d’éducation permanente fait avec, par et pour les bénévoles, renforce cet axe. Si les actions, méthodes et outils utilisés relèvent bien du champ de l’éducation permanente, il convient sans doute de rester attentifs à ce que les bénévoles soient conscients de leur apprentissage, ou mieux encore, le construisent, afin de donner une ampleur encore plus grande à leurs actions et qu’ils prennent davantage conscience de leur force et de leur capacité “à faire le changement”.

Le travail plus profond sur les formations des bénévoles, engagé depuis 2012, a mis au jour une série de constats et de défis à relever. Ceux-ci concordent avec les intuitions de la commission éducation à la base du chantier “apprentissage”, entamé en parallèle. Globalement, l’apprentissage doit être plus conscient et plus concret pour les bénévoles. Un parcours d’apprentissage, intégré dans tous les lieux de vie, d’actions et de formations, doit être identifié, structuré et pris en main par chaque bénévole. La suite du chantier “apprentissage” peut donc se nourrir des éléments récoltés lors du travail autour des formations.

Un travail de réflexion sur le parcours d’apprentissage et sur l’apprentissage dans tous les moments d’engagement est en cours dans l’organisation. Ce travail a notamment fait émerger le besoin de travailler sur l’apprentissage de manière globale et cohérente, et pas uniquement sur les formations.

Lors du chantier, nous sommes partis sur des questions très pratiques et opérationnelles (« Comment apprend-on ? Quel est le rôle des relais d’apprentissage »), mais sans doute trop conceptuelles (« Sommes-nous là, bénévoles, pour apprendre ? Mais qu’est-ce qu’apprendre ? »), nous avons dû freiner nos ambitions. Quelques questions fondamentales sont apparues : qu’est-ce que l’engagement bénévole ? Quelles sont nos missions d’accompagnement ? Quels sont nos enjeux ? Les témoignages et le vécu des bénévoles, ainsi que les rencontres avec d’autres organisations, nous ont permis d’y voir plus clair, de confirmer nos constats et de nous obliger à rendre notre réflexion plus concrète pour les bénévoles, afin de les y intégrer et de pouvoir, dans une deuxième partie de chantier, les impliquer dans la recherche et la construction d’une stratégie d’apprentissage et des outils concrets d’accompagnement.

Un questionnaire envoyé à plusieurs équipes de bénévoles a permis de valider l’intuition que l’apprentissage se faisait aussi en dehors des moments dédiés plus formels. Par contre, cela ne semble pas encore évident aux yeux des bénévoles interrogés. Par leurs réponses, ils apparaissent encore comme fort dépendants de l’organisation et de ses permanents pour l’acquisition de savoirs. Clairement, leur apprentissage n’est pas conscient, même s’il est présent. Cette première étape nous a permis de préparer aux mieux les rencontres qui ont suivi avec les équipes, et surtout d’ouvrir des premières pistes dans la réflexion sur l’apprentissage.

L’appréhension par les bénévoles de leurs apprentissages n’est pas très évidente. Ils ont peu conscience, a priori, qu’ils apprennent, de ce qu’ils apprennent, avec qui, comment et pourquoi. Pourtant, dès qu’on échange avec eux sur le sujet, les débats sont riches et intéressants. Il reste à travailler le contenu des apprentissages, pour ne pas les limiter aux savoirs, mais profiter du partage d’expériences et de la construction collective, dans divers lieux, moments et lors d’actions différentes, et pas uniquement en formation. À côté de la question de la conscience, il y a celle de la confiance, des bénévoles envers eux-mêmes, entre eux, vis-à-vis de l’organisation et du monde extérieur existe également.

Lors des rencontres avec d’autres organismes d’éducation permanente, au-delà des réalités différentes, nous avons pu faire émerger quelques questions communes aux différentes organisations :

  • Le besoin de concret, d’ancrage sur le terrain et de lien avec la réalité conditionne la motivation et la satisfaction de l’apprentissage.
  • La reconnaissance des bénévoles est préalable à toute démarche de soutien.
  • La relation à l’apprentissage et à la conscience de l’apprentissage est complexe pour les bénévoles ; liée à cela : la question de la confiance, de la cohérence, des valeurs.
  • La prégnance des savoirs est trop importante.
  • Les différents acteurs, notamment les relais, ne sont pas bien identifiés, ni valorisés.
  • La valorisation des acquis, de l’expérience et de l’apprentissage doit être travaillée.

Le travail effectué dans cette première partie de chantier nous donne une bonne vision des pratiques d’apprentissage des bénévoles chez Oxfam-Magasins du monde. La collaboration avec d’autres organisations nous a permis de mettre ces pratiques en perspective. Il nous reste maintenant à continuer ou à développer des actions pour permettre une plus grande conscientisation par les bénévoles de leur apprentissage, pour leur permettre une vraie autonomie.

Plusieurs pistes théoriques ou pratiques sont évoquées à la fin de cette étude.

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