Baromètre du cacao 2018: extrême pauvreté, travail des enfants et déforestation

Le Baromètre Cacao 2018  qui vient d’être publié ne montre aucune amélioration dans le domaine du travail des enfants et le problème de la déforestation est totalement hors de contrôle. Une chute brutale des prix a également fait de 2017 une année catastrophique pour les petites productions de cacao, tandis que les grandes firmes chocolatières ont prospéré. Le sentiment d’urgence fait encore défaut aux gouvernements et aux entreprises pour trouver des solutions globales. En tant que pays chocolatier, la Belgique peut jouer un rôle important mais elle doit absolument prendre un engagement sérieux.

Extrême pauvreté, travail des enfants et déforestation

Bien que 100 milliards de dollars soient générés chaque année dans le secteur du chocolat, les agricultrices et les agriculteurs qui cultivent le cacao vivent dans une pauvreté extrême. En outre, 2017 a été une année catastrophique pour les petites productions de cacao. En un an, le prix du cacao a chuté de 40% en raison d’une surproduction inattendue en Côte d’Ivoire. Les revenus des agricultrices et des agriculteurs ont diminué d’environ 36% et le travail des enfants a encore fortement augmenté. Une étude a révélé que le problème du travail des enfants a fortement augmenté au Ghana et en Côte d’Ivoire ces dernières années. Or, ces pays représentent ensemble 60% de la production de cacao. Et cela, malgré l’engagement pris par le secteur en 2001 pour mettre fin aux pires formes de travail des enfants dans ce secteur.

La plupart des entreprises chocolatières reconnaissent les problèmes et ont lancé ces dernières années plusieurs programmes de développement durable avec un accent important sur l’augmentation de la productivité de la culture du cacao. Bien que les entreprises aient dépensé des millions de dollars en programmes de développement durable ces dernières années, la chute des prix du cacao leur a permis d’augmenter leurs profits d’environ 4,7 milliards de dollars (le prix du chocolat à la consommation restant pratiquement inchangé). En 2017, il s’est avéré qu’aucun des nombreux programmes de développement durable ne pourrait avoir un impact sans qu’un prix stable, garantissant un revenu décent aux petits producteurs et productrices, ne soit fixé.

Un autre problème est la déforestation massive qui accompagne la production de cacao. C’est le résultat du principe des « abattis-brûlis » : lorsque les arbres ne sont plus productifs, la partie suivante de la forêt tropicale est rasée pour pouvoir planter de nouveaux arbres. La forte augmentation de la consommation de chocolat au cours des dernières décennies a entraîné une déforestation massive. En conséquence, il ne reste que 10% de la forêt tropicale ouest africaine. Cette déforestation représente une perte dramatique pour la biodiversité. Cela signifie également que la production de cacao souffre non seulement du changement climatique, mais y contribue également. Il est urgent de développer une stratégie internationale pour orienter la culture du cacao vers un système d’agrosylviculture.

Le cacao durable nécessite une approche globale

Le secteur du chocolat est un marché concentré dans lequel certains traders (Barry Callebaut, Olam, Cargill) achètent la majorité du cacao aux petites productions et le revendent aux grandes firmes chocolatières (Mars, Mondelez, Nestlé, Ferrero, etc.) Avec les supermarchés, ces acteurs sont ceux qui engrangent le plus de bénéfices dans la chaîne de production du chocolat. Pour avancer, nous devons adopter une approche intégrée dans laquelle tous les acteurs importants assument une responsabilité claire.

Si les entreprises paient davantage, les agriculteurs et les agricultrices ne produiront-ils pas davantage de cacao, ce qui risque d’entraîner un nouvel effondrement des prix ? Nous devrions en effet éviter cette situation. Lorsque nous parlons d’une filière cacao durable, celle-ci doit s’accompagner d’une politique agricole durable en Afrique de l’Ouest. Naturellement, les gouvernements de Côte d’Ivoire et du Ghana doivent rejoindre cette approche. Ils ne doivent pas seulement être transparents quant aux revenus et aux dépenses. Ils doivent également se concentrer activement sur la diversification des cultures et cesser de vouloir être « le plus grand producteur de cacao ». Chaque acteur (gouvernements, entreprises, agriculteurs) porte une responsabilité cruciale pour créer une filière cacao durable.

Si vous vous rendez dans un supermarché, il semble que beaucoup de chocolats soient déjà « durables ». De nombreuses marques sont certifiées, et certaines entreprises utilisent leur propre logo de durabilité. La durabilité est un choix et chacun peut s’inscrire dans cette démarche à sa manière. Mais les maigres résultats des dernières années démontrent les limites de cette approche volontaire.

Il est donc grand temps que le législateur prenne des initiatives. 60% du cacao cultivé dans le monde est exporté vers l’Union européenne. L’Europe a donc un énorme potentiel pour protéger les droits humains et mettre fin aux dommages environnementaux. C’est pourquoi nous devons appliquer le principe de précaution pour les droits humains, une directive de l’ONU dans la législation européenne. De cette manière, nous pouvons obliger les grandes entreprises à faire le nécessaire pour protéger les droits humains, au sein de l’Union européenne mais aussi en dehors. En France, en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas, ce type de (proposition de) législation existe déjà, à différents stades de mise en œuvre.

Sans coordination internationale des efforts et sans accent sur un revenu décent pour les agricultrices et les agriculteurs, le travail des enfants ne disparaîtra jamais et la déforestation se poursuivra.

Fierté belge ?

Malheureusement, il n’y a pas grand-chose à signaler à propos de la Belgique. Le fier pays du chocolat est presque absent du dialogue international. Or, notre pays peut jouer un rôle important dans le secteur international du cacao. Nous n’importons pas seulement 10% de la production mondiale de cacao, nous avons également une norme de qualité internationalement reconnue. Pourquoi ne s’appliquerait-elle pas également à la qualité de vie des petits producteurs et productrices de cacao ?

L’absence d’initiative belge menace de transformer notre fierté nationale en honte nationale. 

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