La concentration des pouvoirs dans la chaîne du cacao

La puissance de certaines entreprises dans nos chaînes alimentaires est en constante augmentation. C’est non seulement injuste, mais cela n’a aucun sens sur le plan économique. Dans la chaîne du cacao, par exemple, la concentration excessive des pouvoirs affecte la durabilité de l’ensemble du secteur.

Certaines entreprises achètent la quasi-totalité des fèves de cacao

Chaque année, les agriculteurs produisent plus de 4 millions de tonnes de fèves de cacao. Un petit groupe qui rassemblent les plus grosses sociétés les achète presque toutes. Si ce n’est le premier, les noms de ces traders ou « grinders » ne vous disent probablement rien : Barry Callebaut, Olam, Cargill, Ecom, Sucden, Touton… Pourtant, le cacao de ces mastodontes se retrouve dans presque toutes les tablettes de chocolat du monde. Ils sont présents dans les ports des pays producteurs de cacao, également chez nous.

Cacao utilisé (x 1000 tonnes) par transformateur – 2017

Ensuite, environ la moitié du cacao transformé va à un groupe de sept puissants chocolatiers qui représentent ensemble 70% du chiffre d’affaires mondial du secteur du chocolat. Les noms de ces chocolatiers nous sont beaucoup plus familiers.

Les conséquences de la concentration des pouvoirs

Le producteur de cacao ne bénéficie pas d’un prix équitable

La concentration des pouvoirs donne à quelques acteurs un pouvoir de marché déraisonnable, alors qu’ils doivent obéir à leurs actionnaires. C’est pourquoi nous parlons aussi d’une concentration des bénéfices.

Bien entendu, le pouvoir de marché de ces sociétés ne doit pas être sous-estimé. Par exemple, le prix du cacao est déterminé sur les bourses de Londres et de New York. Le nombre de sociétés participant à ces bourses étant fortement limité, vous comprendrez rapidement qui a le plus d’influence sur le prix des actions. Les géants du chocolat ont suffisamment de cacao en stock pour faire face aux hausses de prix et attendre une baisse des prix pour acheter à nouveau.

Mais lorsque le prix du cacao baisse, ceci n’a pas de répercussions sur le prix du chocolat dans les magasins. En 2017, le prix du cacao (et donc les revenus des producteurs de cacao) a baissé de 40%. Une année fructueuse pour le secteur du chocolat qui a engendré 4,7 milliards de dollars de bénéfice grâce à la chute des prix. Si nous observons la tendance des 50 dernières années, il est frappant de constater que le prix du chocolat a continué à augmenter de manière structurelle depuis les années 70, alors que le prix du cacao a constamment fluctué.

Pas de place pour les petits joueurs

Ce marché concentré empêche également les nouveaux acteurs de trouver leur place sur le marché du chocolat. Les coopératives sont souvent liées aux transformateurs de cacao. Elles ne traitent pas le cacao elles-mêmes car elles ne veulent pas perdre leur canal de vente.

La durabilité en péril

Une autre conséquence est que les initiatives volontaires de durabilité, telles que la certification, nécessitent l’approbation du « Big Chocolate » pour avoir un impact suffisant. Sans leur soutien, les labels de durabilité tels que Utz, Rainforest Alliance et Fairtrade auront du mal à élever leurs critères. La décision d’une grande entreprise de chocolat d’utiliser ou de ne pas utiliser un label peut rapidement entraîner un doublement ou une réduction de moitié du volume de cacao produit sous ce label. Et si un label décide de fixer un prix minimum beaucoup plus élevé pour le cacao, vous pouvez deviner le résultat.

Que fait Oxfam-Magasins du monde ?

Oxfam-Magasins du monde exige que la Commission européenne s’attaque à cette concentration des pouvoirs. En plus de notre lutte politique contre la concentration des pouvoirs, nous essayons de contourner les grands chocolatiers avec notre propre assortiment de chocolats. C’est un objectif important que nous visons dans nos différentes chaînes d’approvisionnement.

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