Les objectifs de la filière cacao sont clairs, le moment est venu de les traduire en actions

L’ensemble de la filière cacao s’est fixé un ambitieux programme de développement durable lors de la Conférence mondiale sur le cacao. Cependant, les mots sont loin d’être suffisants. Il est maintenant grand temps d’agir.

Le secteur du cacao doit changer radicalement pour devenir durable. Lors de la quatrième Conférence mondiale sur le cacao, l’ensemble du secteur a rejoint un programme unique visant à garantir aux petits producteurs et productrices un revenu décent ainsi que le respect des droits humains, et mettre un terme à la déforestation. La déclaration et les recommandations doivent maintenant être traduites en plans d’action décisifs, faute de quoi, dans quelques années, nous nous retrouverons face à la même situation avec des agricultrices et des agriculteurs en situation d’extrême pauvreté.

« L’augmentation des initiatives de durabilité n’a pas contribué à améliorer les conditions de vie des producteurs de cacao. » Dans son discours d’ouverture, le Dr Jean-Marc Anga, directeur de l’Organisation internationale du cacao (ICCO), a donné le ton de la conférence. La chute des prix du cacao en 2017 et l’augmentation de la pauvreté qui en a résulté ont clairement fait comprendre que les initiatives existantes et les bonnes intentions ne suffisent pas pour rendre le secteur du cacao durable. Pour reprendre les mots du Dr. Anga : « Business as usual is no longer an option ».

Revenu décent et droits humains

La déclaration de Berlin reconnaît que le secteur du cacao n’est durable que si les agricultrices et les agriculteurs gagnent un revenu décent. Ceci semble logique, mais dans le secteur du cacao, cette initiative pourrait provoquer une petite révolution. Une étude récente de Fairtrade International montre qu’en moyenne, les agriculteurs ivoiriens ne gagnent seulement qu’un tiers de ce revenu décent.

Augmenter le rendement du cacao par hectare et diversifier les revenus (en encourageant les agricultrices et les agriculteurs à cultiver d’autres cultures) ne suffira pas à combler les deux tiers manquants. C’est pourquoi l’étude de Fairtrade International souligne également la nécessité d’augmenter les prix. Une piste à laquelle l’industrie du chocolat a résisté pendant des décennies, brandissant les lois qui régissent la concurrence. Ces lois ont été créées pour protéger les consommateurs et les consommatrices contre la fixation des prix. Par conséquent, la quatrième Conférence mondiale sur le cacao appelle à la révision des lois sur la concurrence afin de protéger à la fois la consommation et la production du cacao.

Les efforts pour lutter contre le travail des enfants doivent également être intensifiés. Et comme le travail des enfants et le revenu digne des agricultrices et des agriculteurs concernent les droits humains, la déclaration de Berlin lance un appel aux gouvernements. Ils se doivent d’élaborer des instruments législatifs pour assurer la protection des droits humains tout au long de la chaîne d’approvisionnement.

Les pays producteurs de cacao eux-mêmes sont également appelés à agir d’urgence. Au début de la conférence, le Dr. Anga a insisté sur la nécessité d’une meilleure coordination entre les pays producteurs. « Comment est-il possible que quatre pays produisent 75% du cacao dans le monde et n’aient aucune influence sur les prix ? » Un mois avant la conférence, la Côte d’Ivoire et le Ghana, les deux plus importants producteurs de cacao, ont annoncé une initiative de collaboration. L’importance du succès de cette coopération ne doit pas être sous-estimée.

Comment est-il possible que quatre pays produisent 75% du cacao dans le monde et n’aient aucune influence sur les prix ?

Le niveau le plus important de la chaîne de production du cacao est bien sûr la production de cacao. Ses revenus ne représentent que 6% de toute la chaîne. Autrement dit, la filière cacao représente 100 milliards de dollars par an, et plus de cinq millions de petits producteurs et productrices ne reçoivent que six milliards de dollars. Les organisations de producteurs et de productrices doivent être considérées comme un partenaire avec qui les conditions du commerce du cacao doivent être négociées. Aujourd’hui, le bien-être au niveau de la production de cacao est toujours considéré comme un projet caritatif. Il est nécessaire de renforcer les organisations de producteurs et de productrices pour que le changement puisse venir d’en bas.

 Il est maintenant grand temps d’agir

La déclaration de Berlin se termine par la phrase « The time to act is now ». Les objectifs et les recommandations sont désormais clairs, c’est un pas en avant. Mais sans plan d’action et sans suivi transparent, dans deux ans, nous serons probablement contraints de raconter la même sombre histoire. La Conférence mondiale sur le cacao n’est donc pas encore terminée. Oxfam-Magasins du monde soutient l’appel à traduire ces principes en actions.

En tant que pays du chocolat, la Belgique a un rôle particulier à jouer pour que cette exigence de revenu décent passe de la théorie à la pratique. Il est très décevant de ne pas entendre d’initiatives belges parmi les 1500 représentants de la filière du chocolat qui se sont réunis pour s’impliquer. Ne sommes-nous pas le pays du chocolat ?

Lire la Déclaration de Berlin en entier.

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